L'enchaînement du Tai Chi Chuan est ce mouvement lent et harmonieux qui mime un combat au ralenti.
D'où vient donc cette beauté, cette harmonie ? Dans son étymologie grecque, le mot « harmonie » signifie : « Jonction par engrenage, dans le langage anatomique, espèce d'articulation formée par des dentelures imperceptibles. »
Et il s'agit bien en effet, dans notre pratique, de relier ce qui est épars et de faire fonctionner les différentes parties de nous-même ensemble : c'est bien l'harmonie avec soi-même et avec les autres qui nous aide à progresser.
L'harmonie avec soi-même peut venir du lien entre le mouvement, l'attention qu'on lui porte et le souffle.
Elle vient aussi de la nécessité d'une grande précision alliée à la liberté dans le placement du corps. Cette liberté s'acquiert en posant des repères tant extérieurs (sensation de où sont mes mains, mes pieds ...) qu'intérieurs (sensation de confort, équilibre, respiration, stabilité). La beauté esthétique de la forme qui fait rêver par sa fluidité est surtout une perception d'harmonisation interne, une adaptation permanente.
L'harmonie avec les autres, avec le groupe, c'est la recherche d'un rythme commun où chacun exprime sa propre individualité.
A l'image de l'orchestre où les divers instruments s'accordent pour produire un son unique.
En contraste avec l'agitation du monde, ces temps « pour soi » de beauté et d'harmonie nous recentrent et nous apportent apaisement et vitalité.
Le Tai Chi Chuan, art martial, est surtout un art de la relation.
Il suffit pour s'y engager de faire le premier pas car il est accessible à tous et à toutes.
Tai Chi, étirement des fascias et reconnaissance du monde de la santé
La
pratique régulière du Tai-Chi-Chuan favorise les étirements des Fascias
et travaille la proprioception. Mais, en un mot, comment définir les
fascias et la proprioception? Des mots techniques, voire savants, qui
pour les néophytes ne veulent pas dire grand chose. Néanmoins, en comprenant les fascias et la proprioception, nous comprenons mieux les bienfaits du Tai-Chi.
Nous vous proposons une de la chaine Arte sur le sujet.
Le
article suivant est apparu dans le
journal de la fédération de mouvements indépendants des pédagogies
de techniques corporelles numéro
68, janvier 2020. Pages 5-8
Tai
Chi Chuan, QiGong et reconnaissance du monde de la santé
Le
QiGong et le Tai Chi Chuan sont les deux exercices traditionnels
chinois les plus populaires, connus sous le nom de thérapies de
mouvement corps-esprit. Les recherches sur les avantages
psychologiques et physiologiques du Qigong et du Tai Chi se
développent.
Le
tai-chi-chuan en tant qu’art martial in-terne insiste sur le
développement d’une force souple et dynamique, par opposition à
la force physique pure. Une des règles du tai-chi-chuan est le
relâchement.
Ce
relâchement garantit la fluidité des mouvements et leur
coordination. Le QiGong implique un travail sur le souffle et non sur
la force brute. La médecine fondée sur les preuves se définit
comme « l’utilisation consciencieuse, explicite et judicieuse des
meilleures données disponibles pour la prise de décisions
concernant les soins à prodiguer à chaque patient ». Ces preuves
proviennent d’études cliniques.
Après
une revue de la littérature médicale publiée (pubmed) sur les 3
dernières années, voici « les preuves » et les résultats
d’essais contrôlés des deux pratiques, recensées dans 77
articles répondant aux critères de recherche (tai chi Chuan,
QiGong, Santé).
Neuf
groupes homogènes de bienfaits se distinguent: amélioration des
symptômes psychologiques (n = 27), diminution des chutes et facteurs
de risque de perte d’équilibre (n = 23), effets cardiopulmonaires
bénéfiques (n = 19), meilleure qualité de vie (n = 17 ), meilleure
santé physique (n = 16), résultats positifs rapportés par le
patient (n = 13), auto-efficacité (n = 8), renforcement de
l’immunité (n = 6) et augmentation de densité osseuse (n = 4).
Reprenons
en détails quelques-unes des données intéressantes.
Le
qigong semble être bénéfique pour réduire la gravité des
symptômes dépressifs. Le tai-chi et le qigong en tant qu’exercices
du corps de l’esprit les plus pratiqués, ont montré des effets
positifs sur la santé mentale. La réduction du stress peut être
attribuée à un équilibre sympathique / vagal modulé par des
exercices du corps et de l’esprit.
Le
tai-chi / Qigong pourrait être une méthode alternative de réduction
du stress pour les personnes qui vivent avec un stress élevé ou des
émotions négatives.De plus, le déclin cognitif lié à l’âge
est un problème de santé publique croissant dans le monde entier.
Plus du quart des adultes ayant une déficience cognitive souffrent
de troubles du sommeil.
Le
Tai Chi peut être considéré comme une approche non pharmacologique
utile pour améliorer la qualité du sommeil chez les personnes âgées
atteintes de troubles cognitifs.
L’âge
élevé est aussi associé à divers troubles physiques et mentaux.
Les modifications de la sécrétion de stéroïdes liées à l’âge
pourraient être un mécanisme sous-jacent à la fragilité, à la
dépression. Cependant, il a été prouvé que le Tai chi qigong et
des formes d’exercices similaires améliorent un grand nombre de
paramètres liés à la santé chez les personnes âgées.
Dans
la maladie de Parkinson, il est évalué et quantifié les effets du
Tai Chi / Qigong sur la fonction motrice ( équilibre, chutes, marche
chronométrée et marche de 6 minutes) et non motrice (dépression et
cognition), et qualité de vie. Les données disponibles à ce jour
confirment un avantage potentiel de Tai Chi pour l’amélioration de
la motricité, de la dépression et de la qualité de vie des
personnes atteintes de la parkinson.
La
fréquence cardiaque au repos augmentée est liée à la mortalité.
L'exercice régulier provoque une réduction de la fréquence
cardiaque de repos. On peut conclure que l’exercice, en particulier
l’entraînement en endurance, par réduction de la fréquence
cardiaque, peut contribuer à une réduction de la mortalité toutes
causes confondues due à la pratique régulière d’exercices
physiques ou sportifs.
Une
autre étude a eu pour but de dé-terminer les effets des exercices
traditionnels chinois tels que le Tai Chi et le qigong sur les
patients atteints de maladie pulmonaire obstructive chronique (BPCO).
En conclusion, la pratique montrait des effets bénéfiques sur les
performances physiques, la fonction pulmonaire, la rémission de la
dyspnée (essoufflement) et la qualité de vie des patients atteints
de BPCO.
Conclusion:
la pratique améliore la modulation autonome, le métabolisme
corporel, la forme physique et la force physique après 10 semaines
de pratique.
Dans
une autre étude, il est étudié les effets sur la modulation du
système nerveux autonome, le métabolisme, l’immunité et la
fonction physique chez des pratiquants en bonne santé.Le tai-chi a
amélioré la modulation parasympathique et permis une diminution de
la fréquence cardiaque. Les profils métaboliques, notamment la
glycémie, le cholestérol et l’Index de Masse Corporelle, se sont
améliorés de manière significative après l’exercice. L’exercice
a renforcé l’immunité innée et adaptative. Tous les paramètres
surveillés, y compris la forme physique et la force physique, se
sont améliorés après l’exercice.
La
plupart des patients atteints de cancer souffrent à la fois de la
maladie elle-même et des symptômes induits par un traitement
conventionnel. La littérature disponible sur les effets cliniques
sur l’acupuncture, le Tuina, le Tai Chi, le Qigong et la
musicothérapie ; donne les résultats suivants : ils représentent
des traitements d’appoint bénéfiques.
En
bref, le Tai Chi peut aider à contrôler le stress, renforcer la
force et l’endurance, réduire les risques de chute ou de blessures
et améliorer le système immunitaire. Les personnes les plus à même
de tirer bénéfice du Tai Chi sont les personnes aux capacités
physiques diminuées, notamment les personnes âgées qui ne sont
pas/plus capables de faire des exercices intenses. De plus en plus de
praticiens admettent que le Tai Chi peut aider à retrouver la
flexibilité et la force tout en aidant les pratiquants à rester
calmes dans les moments de stress.
Si l'on veut accueillir le souffle au
mieux, il faut lui offrir de l'espace.
Les poumons localisés dans la cage
thoracique assurent réellement leur fonction si les parois de leur
« nid » demeurent souples et mobiles. Une ouverture
multidirectionnelle des côtes doit être possible, entretenue grâce
à la souplesse des muscles intercostaux, des muscles du dos et des
épaules, sans parler de la souplesse du diaphragme.
Une déficience des poumons modifie
l'attitude corporelle : les épaules s'enroulent vers
l'intérieur, la région de l'estomac se creuse, la tête penche vers
l'avant, ou bien, chez les asthmatiques par exemple, l'effort
continue qu'ils accomplissent pour inspirer rigidifie la cage en
expansion et crée de fortes tensions dans les épaules et et la
nuque.
Pour favoriser le passage de l'air, il
faut en premier lieu redresser le corps, le rendre tendre, puis
chercher à équilibrer les temps de l'inspir et de l'expir. Le
rythme respiratoire, lent et régulier, module la circulation
énergétique dans les méridiens, apaise et régule le rythme
cardiaque et harmonise la circulation sanguine.
Le poumon étant considéré comme
« maître des souffles », maître de la circulation de
l'énergie dans tout le corps, nous pouvons comprendre combien l'acte
respiratoire est capital pour la santé.
La cage thoracique peut être dure et
rigide lorsque nous n'avons pas conscience des mouvements
respiratoires ou lorsque les émotions y restent contenues. Une
« mauvaise » attitude physique entrave également la
respiration en voiture par exemple. La position des bras et un siège
mal adapté favorisent la fermeture de la cage et le blocage du
diaphragme.
L'importance du diaphragme
Le diaphragme, cette cloison souple qui
sépare le thorax et l'abdomen, joue un rôle très important dans
l'entretien des fonctions respiratoires et digestives . Une
respiration correcte lui assure toute sa mobilité, il se présente
en dôme à la fin de l'expir et en cuvette à la fin de l'inspir. Le
mouvement de vague de chaque respiration procure un massage efficace
du foie, de l'estomac et de la rate, de la base des poumons et du
muscle cardiaque. Chez bon nombre d'individus, la respiration restant
automatique et inconsciente, le diaphragme demeure pratiquement
immobile et se rigidifie. La respiration se limitant à un
va-et-vient dans la partie haute des poumons. La région de
l'épigastre, du plexus solaire se tend et se durcit, et la relation
naturelle entre le haut du corps et le bas n'est plus entretenue.
La pratique du Tai Chi Chuan et de la
gymnastique énergétique apporte l'équilibre physique et mental,
voire une ouverture vers d'autres plans de conscience.
Le chemin n'est pas ailleurs que sous
nos pieds, à chaque instant de la vie quotidienne.
(Inspiré de : « Les
cinq saisons de l'énergie » de Isabelle Laading)
Découvrez la voie de la sérénité et du mouvement continu
L'Association de Tai Chi Chuan de Canéjan vous accueille toute l'année pour la pratique du style Yang originel (108 mouvements), du Tui Shou et de la gymnastique chinoise.
C'est un art pratiqué en Chine. Il est né de la fusion de techniques de défense, de pratiques « gymniques et énergétiques » et des recherches des moines taoïstes sur la méditation et le souffle.
Il est dit internequand il privilégie les équilibres de la personne sur le résultat extérieur, quand il choisit de favoriser la qualité du souffle sur la quantité d'action musculaire, quand il aide à la dynamique de chacun plutôt que de choisir le conflit avec l'autre.
Son évolution dans le temps lui a permis de devenir de plus en plus précis et codifié donnant des styles de pratique très différents.
Ses multiples vertus sont maintenant reconnues et lui donnent les moyens de devenir un outil d'enseignement particulièrement riche et agréable.
Le Taï Chi Chuan est un art martial
interne d'origine chinoise, composé de mouvements lents, fluides et
continus mimant un combat au ralentit. Élaboré depuis des siècles, il
privilégie la souplesse sur la force brute.
Un art martial, c'est quoi ?
Les chinois disent « Wushu ». Traduire par Art martial ou Art du combat, trahit l'esprit de l'idéogramme qui se décompose en deux caractères : « arrêter » et « la lance »
Wushu est donc l'art d'arrêter la lance de l'adversaire et surtout sa propre lance (ou violence)
Et un Art interne ?
Selon la tradition, le véritable guerrier désarme ses ennemis par la puissance de la Main vide, c'est-à-dire de toute intention agressive. Rien ne lui résiste car elle n'offre aucune résistance. Ne pas faire obstacle au mouvement de la vie, c'est la force secrète qui rend le guerrier invincible.
Aujourd'hui, le Tai chi permet de développer les qualités du guerrier à la « main vide » dans la vie de tous les jours : présence, attention aux autres et à soi, souplesse, adaptation constante aux événements et à la fluidité de la vie.
De l'art de la guerre à l'art de la paix
Si on étudie les applications martiales de la forme, c'est pour apprendre à placer correctement le corps, le souffle, dans une relation ludique qui nous aide à trouver nos limites. C'est préparer l'art de la paix en prenant le temps d'apaiser notre rythme et nos tensions, tout en douceur, pour retrouver le plaisir du mouvement.
Dans les Arts Martiaux on distingue souvent la force issue des muscles et celle issue du souffle et de la structure.
Dans la pratique du Tai chi, il y a bien sûr une activité musculaire mais on l'utilise sans importante dépense d'énergie.
Dans ces mouvements lents, continus, circulaires, le muscle a un comportement élastique passif. A condition que tout soit en place : alignements osseux et plénitude de la posture.
Le mouvement se propage de fibrille en fibrille le long de nos chaînes musculaires qui, conduites pas les fascias, nous unissent de bout en bout.
En accord avec les méridiens d'acupuncture, ces chaînes nous aident à laisser faire les équilibres naturels. Forcer dans une direction serait alors inefficace. Nous avons juste à les accompagner par une attitude d'écoute et de ressenti.
Ces chaînes passent toutes par le « centre » , le Tan Tien pour les Chinois. C'est le centre de gravité de notre corps, la zone comprise entre la troisième lombaire et le nombril et passant par l'axe vertical.
Plus le mouvement part réellement de ce centre, plus il est complet et équilibré, plus il est coordonné et puissant.
Dans notre pratique, la puissance n'est pas liée à la force musculaire mais à la perception de ce centre et d'un mouvement qui se propage comme une onde, en harmonie avec le souffle.
C'est ce qui le rend tranquille et libre.
Au plaisir de vous retrouver pour un cours d’essai
La pratique du Tai Chi Chuan illustre bien le symbolisme du Tao, cette représentation du yinyang faite d'une partie claire et d'une partie sombre qui nous montre que deux aspects opposés à première vue forment en réalité une unité dynamique et harmonieuse, dans un mouvement constant.
On pourrait dire qu'il y a dans le Tai chi, à la fois, ce qui ne change pas, une permanence et ce qui change tout le temps, une impermanence. Comme une immobilité dans le mouvement.
Ce qui est « permanent » c'est notre centre.
Ressentir son dos, percevoir les appuis des pieds sur le sol, respirer de manière ample, trouver sa verticale, nous aide à trouver et à ressentir notre centre. Il est ce lieu de sécurité intérieure où la chaleur circule. Le Hara pour les Japonais, le Tan tien pour les chinois et le centre vital pour tous les êtres humains. De même, tandis que nous déroulons l'enchaînement, l'axe central de notre mouvement, notre colonne vertébrale, se déplace très peu dans l'espace. Cette perception du centre lié à la conscience de la respiration conduit vers un état de tranquillité et de simplicité. Elle ramène au monde réel et au moment présent.
Ce qui est impermanent, ce sont toutes les transformations liées au mouvement.
Ressentir la fluidité, la détente, la coordination des gestes dans les jeux articulaires et musculaires permet de vivre les flux de transformation de notre énergie vitale. Stabilité, liberté et respiration, le Tai chi chuan cette alliance des deux, centre et mouvement, reliés par la respiration, nous remet en accord avec les lois de la vie et avec une réalité qui nous dépasse infiniment.
Cette vision chinoise d'union des opposés et de l'interrelation est à la fois très concrète, ancrée dans le corps, et très poétique. Images de la nature et des saisons, symboles comme le Tao. Elle a aussi une portée universelle.
Le Tai Chi, ce mouvement qui régénère permet de s'ouvrir à une tranquillité intérieure face à l'impermanence de l'existence.
Un peu d'histoire : Les origines et les 10 principes du Taichi
Notre style, le style Yang, est composé de cercles gracieux et doux.
Comportant traditionnellement 108 mouvements, nombre symbolique qui signifie la totalité des positions des étoiles dans le ciel, les mouvements se succèdent dans un ordre particulier appelé « La Forme ».
Cette discipline possède une histoire, et a subi de multiples évolutions au cours des deux derniers siècles.
« Traditionnellement on distingue deux courants de l'art martial en Chine : Le courant exotérique, dont on dit qu'il prit naissance au temple Shào-lin situé dans la province de Hè-nan ; il est associé généralement au personnage de Bodhiddharma qui y aurait séjourné vers le début du VI siècle.
Le second courant, appelé ésotérique, est relié au mont Wu-dàng situé dans la province de Hù-bèi qui était une lieu renommé du Taoïsme. Ce lieu est associé généralement au personnage de Zhang San-feng qui y séjourna et qui vécut entre le début du XIIe siècle et la fin du XIIe siècle. On lui attribue la fondation du Tài-ji quàn […]
La légende dit qu'un jour Zhang San-féng a observé un combat entre un serpent et un oiseau : « ...L'oiseau faisait des mouvements saccadés et dispersés . Le serpent se mouvait en souplesse et en cercles. Le serpent gagna. Zhang San-féng comprit alors que la souplesse et l'attention gagnent sur la raideur et la dispersion » ... (Tài-Ji Quàn Jean GORTAIS p 14)
Les dix
principes du Taï Chi Chuan :
Être vide, agile et maintenir l’énergie au sommet de la tête :
la tête doit être droite afin que l’énergie et le sang puissent
circuler.
Rentrer la poitrine et étirer le dos, afin de permettre une
respiration profonde.
Relâcher la taille pour que les pieds reposent fortement sur le sol
(sensation d’enracinement) et que le bassin ait une bonne assise.
Distinguer
le plein du vide : si le corps est appuyé sur la jambe
droite, on dit que celle-ci est pleine tandis que la gauche est
vide. Cette conscience confère au corps plus de stabilité.
Baisser les épaules et laisser tomber les coudes, pour acquérir
un souffle plus abdominal que thoracique.
Employer la force de la pensée et non celle des muscles. L’énergie
émane de la bonne circulation du sang. Plus le corps est détendu,
plus l’énergie circule, plus le sujet est puissant.
Relier le haut et le bas : des pieds à la tête, il faut une
unité parfaite. Si une seule partie du corps ne se meut pas
avec le reste, il y a désordre et dislocation.
Unir l’intérieur et l’extérieur : en Taï Chi Chuan, la
pensée et le corps sont en harmonie.
Lier les gestes sans interruption : le mouvement doit se
dérouler à l’infini.
Rechercher
le calme au sein du mouvement. L’oxygénation sera meilleure.
Le professeur de tai-chi
agrippe délicatement son élève... avant de l'expédier brusquement
au sol. Avec le sourire: comme eux, les Chinois se disent "fiers"
de l'inscription de cet art martial au patrimoine mondial.
"Que notre culture
puisse contribuer à rendre des gens du monde entier en meilleure
forme, c'est très gratifiant", déclare à l'AFP Wang Zhanjun,
47 ans, dans sa salle d'entraînement située aux abords de la place
Tian'anmen de Pékin.
"Je suis super content",
souligne avec ses quatre élèves cet imposant gaillard au crâne
rasé, figure multi-médaillée du tai-chi, qui a enseigné ses
techniques à l'acteur Jet Li, star des films d'action.
Le tai-chi, sous son
appellation chinoise "taijiquan" (prononcer
taï-dzi-tsuane), a été inscrit mi-décembre par l'Unesco sur sa
liste du patrimoine culturel immatériel de l'humanité.
C'est une nouvelle étape
pour la reconnaissance internationale de la civilisation chinoise,
après la calligraphie (2009), l'opéra de Pékin (2010) ou encore
l'acupuncture (2010).
Art martial vieux de
plusieurs siècles, le tai-chi était à l'origine pensé pour le
champ de bataille. Il est désormais principalement perçu comme une
forme d'exercice physique ou de gymnastique douce.
Il est pratiqué par
d'innombrables personnes de tous âges en Chine, notamment dans les
rues ou les parcs, où on peut les voir enchaîner mouvements lents
et rapides pour entretenir le corps et l'esprit.
- "Plus beaux" -
"Je suis de petite
taille", explique à l'AFP Wang Xuewu, un professeur de tai-chi
de 63 ans, qui enseigne dans les allées pavées du verdoyant parc
Ritan ("Temple du soleil") dans le quartier diplomatique de
Pékin.
"Pour éviter de me
faire malmener par les plus grands que moi, j'ai donc appris très
tôt la lutte, le tai-chi et les arts martiaux comme moyen
d'auto-défense."
"Moi, ça m'a débarrassé
de mon asthme", déclare un peu plus loin Lan Guizhen, une
pratiquante de 75 ans qui se félicite de la décision de l'Unesco.
"Que le tai-chi soit
connu et reconnu par le reste du monde, c'est une immense fierté!"
Le tai-chi consiste en la
réalisation de séries de mouvements en solo ou de gestes de combat
contre un adversaire. Il est réputé améliorer la posture,
fortifier le corps ou renforcer la flexibilité des articulations.
Autre avantage et non des
moindres: le tai-chi "rend ses pratiquants plus beaux et ses
pratiquantes plus belles", assure en souriant Wang Zhanjun.
Un bénéfice selon lui dû à
la pratique sportive mais aussi au fait de pouvoir mieux gérer sa
respiration et ainsi d'augmenter la teneur du sang en oxygène.
Le tai-chi a souffert durant
la Révolution culturelle (1966-1976), où les maîtres étaient
persécutés car accusés de propager un art "féodal".
Une fois passée cette
période d'hystérie maoïste, il a fallu ressusciter la discipline
en lançant un grand recommencement des pratiques, puis reformer
professeurs et pratiquants.
- Anti-Covid? -
"Dans les années
1980-1990, mon père, un maître de la discipline, s'est rendu au
Japon, en Europe et notamment en France pour populariser le tai-chi",
explique Wang Zhanjun.
"Le travail de la
génération précédente porte aujourd'hui ses fruits, puisque
beaucoup d'étrangers font désormais le chemin inverse et viennent
(en Chine) pour apprendre."
Le tai-chi n'est pas une
discipline uniforme. Il compte plusieurs "écoles", souvent
identifiées par le nom d'un clan et dont les pratiques diffèrent.
En Occident, c'est le style
"Yang", avec ses gestes circulaires et lents qui est
généralement le plus populaire. Celui de l'école "Chen",
que pratique Wang Zhanjun, comprend des mouvements plus vifs,
davantage marqués par l'ADN combattant du tai-chi.
A cela peut s'ajouter
l'utilisation d'armes: épées, bâtons ou encore poignards.
De nombreuses compétitions
de tai-chi sont organisées. Mais il n'est pour l'heure, en raison
peut-être de la difficulté d'unifier ses différents styles, pas
reconnu comme discipline olympique.
En attendant, il pourrait se
montrer utile... contre le Covid-19, assure Wang Zhanjun.
"La pratique du tai-chi
permet de renforcer notre constitution physique, notre immunité et
notre capacité cardio-pulmonaire", souligne-t-il.
"C'est évidemment
bénéfique contre les maladies et le Covid".